Quand la photographie devient un instrument de narration vivante
15 ans de recherche photographique, 70 minutes de performance: selon Blind Magazine, le photographe Alexandre Dupeyron transforme ses archives en instrument scénique avec « Dysnomia Live ».
Émilien Veyrier, Photographe de haute montagne et spécialiste des conditions extrêmes·mis à jour 12 septembre 2026

Je reconnais cette obsession: archiver, manipuler, transmettre. Une démarche où l'image quitte sa fixité pour dialoguer en direct avec la musique — et où les paysages brûlés d'Australie, de France et des États-Unis deviennent matière à observer.
Le boîtier comme carnet de bord
Sur scène, un homme debout dans le noir manipule ses propres images au rythme de la contrebasse. Selon Blind Magazine, le dispositif est né d'un diaporama échangé il y a dix ans entre Dupeyron et un contrebassiste, puis a basculé en 2022 vers un système inspiré du VJing — cette pratique de manipulation d'images vidéo en direct, empruntée aux clubs et aux concerts. La performance, jouée une vingtaine de fois au Fotografiska de Shanghai, au Blue Note de Pékin ou au FRAC Méca de Bordeaux, prend selon les scènes la forme de la danse, de la calligraphie, parfois d'une autre langue.
Pour nous, photographes de haute montagne, la leçon est directe. Votre archive n'est pas un tas d'images figées. C'est un instrument de lecture du terrain — capable de raconter une saison de feux, un reboisement, un glacier qui recule. Rangez, datez, géolocalisez chaque fichier. Sinon, vous laisserez passer l'arc.
Travailler avec ceux qui étudient le terrain
Le nouveau chapitre, « Silent Green », déplace le propos vers l'intérieur du vivant. Selon Blind Magazine, deux corpus nourrissent ce basculement. « Ashes of the Future » suit les traces du feu là où il brûle vraiment: en Australie, en France et aux États-Unis. Dupeyron y a travaillé en lien avec les chercheurs du Rocky Mountain Research Station et du Fire Lab du Département de l'Agriculture américain — des équipes qui étudient le feu plutôt que de l'éteindre. À côté, « Pinus Pinaster » (2023) et « Stratographies de l'impermanence » (2026) se tournent vers les plantes pionnières, leur capacité à recoloniser les sols abîmés, à fendre le bitume.
C'est une méthode que je défends depuis longtemps. Photographier la montagne qui change, ce n'est pas la contempler — c'est entrer dans la conversation avec celles et ceux qui la mesurent. Cherchez les stations de recherche, les laboratoires, les conservatoires botaniques de votre secteur. Proposez vos images. Vous gagnerez un cadre d'analyse que votre focale seule ne vous donnera jamais.
Vérifier ses outils à Montpellier
Si vous passez dans le sud avant le 1er novembre 2026, poussez la porte du Pavillon Populaire à Montpellier. L'exposition « Premières fois / premières photos », gratuite et présentée par Fisheye Magazine, rassemble 250 compositions signées par plus de 50 auteurs. Le parcours retrace l'histoire du 8e art à travers les nouveautés — techniques, artistiques, émotionnelles. Vous y croiserez les cyanotypes d'Anna Atkins, premier livre photo de l'histoire, à côté de brevets, d'images vernaculaires, de tirages d'artistes emblématiques et de clichés stellaires rarement exposés.
Commissariée par l'historienne Luce Lebart, l'exposition part d'un constat repris par Fisheye Magazine: la photographie n'est pas qu'une technique ou qu'un art, mais une multitude de pratiques et d'usages. Pour le photographe de terrain, c'est un rappel utile: chaque sortie est une première fois. À vous de la traiter comme telle.