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Saisir la lumière des sommets alpins

Une chronique de Émilien Veyrier

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World Press Photo Montréal : une leçon de regard pour les photographes d'altitude

D'après La Presse, elle réunit près de 150 photographies réparties dans huit expositions.

Émilien Veyrier, Photographe de haute montagne et spécialiste des conditions extrêmes·mis à jour 04 septembre 2026

World Press Photo Montréal : une leçon de regard pour les photographes d'altitude

19e édition de l'Expo World Press Photo Montréal se tient au Marché Bonsecours jusqu'au 12 octobre. D'après La Presse, elle réunit près de 150 photographies réparties dans huit expositions. Pour nous, photographes d'altitude, c'est une fenêtre à garder ouverte: le photojournalisme pousse plus loin la discipline de l'attente et du cadrage que nos pratiques alpines.

Ce qui s'y joue, vraiment

Le rappel chiffré de La Presse donne le ton: plus de 73 000 visiteurs avaient foulé le sol du Marché Bonsecours l'an dernier. La fréquentation suit. Mais ce qui me retient, c'est la sélection.

Abdulmonam Eassa y expose une série sur la guerre au Soudan, réalisée pour le quotidien Le Monde. Jacques Nadeau présente un parcours de 45 ans — dont 35 passés au Devoir. Claire Beaugrand-Champagne, considérée comme la première femme photographe de presse au Québec, aligne 50 images issues d'une mission de deux mois dans 13 camps de réfugiés en Thaïlande et en Malaisie, en 1980. Une partie de ce travail avait alors été publiée dans La Presse, rappelle le journal.

À côté, Martin Chamberland prolonge le sujet avec Et la vie continue, consacré à quatre familles montréalaises d'origine sud-est asiatique. L'exposition En pointillé réunit 28 projets d'étudiants du Cégep du Vieux Montréal, soit 280 images formant, selon les organisateurs, une radiographie sensible du Montréal actuel.

Huit expositions. Des sujets graves, et de la résilience. Lisez ça en gardant votre dernière course en tête: chaque image est une décision de lumière, un cadrage tenu malgré la contrainte.

Ce qu'on ramène dans le sac

Je ne vais pas vous mentir: en montagne, on photographie souvent pour soi. Le sommet, la crête, le lever de soleil. Le World Press Photo pratique l'inverse. Le sujet commande. L'attente se compte en jours. Le déclencheur part quand l'humain est là.

Trois leçons à appliquer dès la prochaine sortie:

  • Lisez la lumière avant de lire le sujet. Les photoreporters ne déclenchent pas sur le drame. Ils déclenchent quand l'ombre dessine le visage. Sur un glacier, c'est la même chose: la lumière fait l'image, pas le panorama.
  • Le cadre parle. Chaque photo de cette expo est recadrée pour servir le récit. Vous ferez pareil avec une cordée, un refuge, une rimaye.
  • La série bat le coup d'éclat. Eassa, Nadeau, Beaugrand-Champagne: tous construisent un récit tenu. Votre prochain reportage d'expédition mérite ce soin.

Le porte-parole de cette édition, l'acteur et réalisateur Lou-Pascal Tremblay, a sélectionné quatre coups de cœur particulièrement mis en valeur dans le parcours. Le détail de sa grille n'est pas public, mais le principe vaut pour vous: un œil extérieur vous dira ce que votre autopromo ignore.

Et ailleurs, des concours s'ouvrent

D'après Digital Camera World, plusieurs compétitions internationales ouvrent leurs candidatures en septembre, avec des frais et des prix très variables — de quelques dizaines d'euros à des grants pouvant dépasser 10 000 dollars. Les catégories Landscape, Nature et Travel figurent dans plusieurs appels à projets listés.

Si vous avez un portfolio montagne qui dort sur un disque dur, c'est le moment de le dépoussiérer.