imaginalp.

Saisir la lumière des sommets alpins

Une chronique de Émilien Veyrier

Actualité

Visa pour l'Image : 27 expositions pour décrypter l'actualité mondiale à Perpignan

Vingt-sept expositions gratuites, ouvertes tous les jours de 10h à 20h, du 29 août au 13 septembre 2026: voilà ce que la 38e édition de Visa pour l'Image installe à Perpignan, comme le rapporte France 24.

Émilien Veyrier, Photographe de haute montagne et spécialiste des conditions extrêmes·mis à jour 02 septembre 2026

Visa pour l'Image : 27 expositions pour décrypter l'actualité mondiale à Perpignan

Vous qui photographiez en altitude, retenez la cadence — deux semaines pour traverser l'actualité du monde à travers l'œil de photojournalistes qui travaillent, eux aussi, dans des conditions que personne ne leur aménage.

Lire le monde comme on lit une paroi

Sur le terrain, je le répète assez souvent: la photographie de reportage ne s'apprend pas dans un manuel. Elle se forge dans des conditions que vous ne contrôlez pas. Ukraine, Soudan, Liban, Iran, Afghanistan, Syrie — les grands bouleversements de la planète, photographiés par celles et ceux qui s'y rendent. Marion Péhée sur la génération marquée par la guerre dans le Donbass, Gerd Ludwig qui retourne à Tchernobyl quarante ans après la catastrophe, Abdulmonam Eassa sur le Soudan pour Le Monde, Élise Blanchard sur les fillettes vendues pour survivre aux sécheresses en Afghanistan, Diego Ibarra Sánchez et Mohammad Yassine sur le Liban, Hashem Shakeri sur l'Iran. Le festival expose aussi des regards sur nos sociétés: Jérôme Gence photographie les mariages virtuels au Japon, Mads Nissen cartographie la géographie mondiale de la cocaïne, Michael Yamashita ferme quarante années de travail en Chine.

Vingt-sept expositions, donc, mais aussi six projections originales au Campo Santo à 21h30, du lundi 31 août au samedi 5 septembre. Le cadre compte: couvent des Minimes, église des Dominicains, Hôtel Pams, Casa Xanxo, Ancienne Université, chapelle du Tiers-Ordre, caserne Gallieni. Des pierres qui dialoguent avec les images comme une cordée dialogue avec la paroi — la ville entière se transforme en parcours d'exposition.

Ce que ça change pour votre pratique

Vous travaillez en altitude, vous connaissez la contrainte: vent, froid, lumière qui bascule en quelques minutes, sujet qui ne tient pas en place. Les photojournalistes qui couvrent les zones de conflit opèrent dans le même registre — exposition verrouillée, focale fixe ou téléobjectif stabilisé à la main, déclencheur instantané, corps engagé. Vous parcourez les salles, vous retrouvez les réflexes. La photo de montagne n'a jamais été qu'une variante de la photo de terrain, avec un cadre en moins et un isotherme en plus.

Les signatures à suivre de près

Raymond Depardon expose Reporter / Photographe. Paolo Roversi présente L'odeur de l'Inde. Du côté des récompenses 2026, Philémon Barbier reçoit le Visa d'or de la Ville de Perpignan Rémi Ochlik pour Syrie: l'aube des cendres, Khames Alrefi le Visa d'or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge pour Civils: les premières victimes. La Semaine professionnelle, du 31 août au 5 septembre, leur est consacrée — c'est là que se joue la suite, entre projections, rencontres et remises de bourses.

Perpignan n'est pas une station d'altitude. Le terrain y est méditerranéen, piéton, dense, brûlant en plein jour et saturé de monde au Campo Santo le soir. Prenez le boîtier, descendez, regardez. Deux semaines pour vérifier que l'œil ne se rouille jamais.