Jacques Henri Lartigue et la stéréoscopie : l'art de capturer le relief en mouvement
Le 16 septembre, « La Vie en relief » arrive sur les écrans. Réalisé par Denis Gaubert, ce documentaire remet en lumière l'œuvre de Jacques Henri Lartigue à travers la stéréoscopie — cette…
Émilien Veyrier, Photographe de haute montagne et spécialiste des conditions extrêmes·mis à jour 16 septembre 2026

Le 16 septembre, « La Vie en relief » arrive sur les écrans. Réalisé par Denis Gaubert, ce documentaire remet en lumière l'œuvre de Jacques Henri Lartigue à travers la stéréoscopie — cette photographie en relief qui, dès 1902, figeait le mouvement en trois dimensions. Pour nous qui shootons en altitude, le sujet mérite qu'on s'y arrête: avant d'être un effet 3D, le relief est d'abord une affaire de prise de vue.
La stéréoscopie, l'ancêtre technique
Avant l'auto-stéréoscopie numérique, il fallait deux objectifs, deux images, un calcul précis de parallaxe. Lartigue déclenche sa première photo absolument seul en 1902, à 9 ans. Sa obsession, il l'a formulée lui-même: « J'étais spécialement fasciné par le miracle de la photographie qui pouvait arrêter net un mouvement, pour en attraper l'image que les yeux laissaient échapper. »
Je connais cette obsession. Sur un glacier à 3000 mètres, quand un skieur de randonnée dévale une pente à 60 km/h, la vitesse d'obturation ne suffit plus: il faut anticiper la profondeur, la perspective, l'espace entre le premier plan et l'arrière-plan. Lartigue, lui, jouait avec les marches de la rue Cortambert en 1905, sa cousine Madeleine van Weers suspendue en plein envol, sans aucun filet.
Un parcours, des images
Le film retrace aussi le destin atypique de cet amateur devenu photographe officiel de la République. Reconnu tardivement — en 1963, à 69 ans, exposition au MoMA, portfolio dans Life Magazine — Lartigue signe onze ans plus tard le portrait modernisé de Valéry Giscard d'Estaing, qui réclamait « une photo gaie ». Exit le bureau présidentiel classique, place à un drapeau flottant au vent.
Sa lumière reste douce, filtrée, presque toujours insouciante. Le château familial de Rouzat, les courses d'Auteuil, les belles du bois de Boulogne: un monde hors des drames du siècle. Comme le note le documentaire: « Les maux sont absents des clichés de Lartigue. »
Ce que ça change pour vos sorties
Vous tournez en reflex ou en hybride? Testez la double prise de vue sur un sujet en mouvement: un chamois qui franchit une barre rocheuse, un parapentiste qui décolle d'une crête. Déclenchez deux fois à 60-80 cm d'écart, travaillez la mise au point entre le premier et l'arrière-plan. Vous comprendrez ce que Lartigue cherchait dès l'enfance: pas une image plate, mais le volume du monde.
Le film sort le 16 septembre, presque quarante ans jour pour jour après la mort du photographe, survenue le 12 septembre 1986. De quoi réviser vos fondamentaux avant la prochaine course en altitude.