imaginalp.

Saisir la lumière des sommets alpins

Une chronique de Émilien Veyrier

Actualité

Immortaliser l'éclipse solaire : les coulisses d'une expédition photographique en haute altitude

Selon Digital Camera World, sa séquence de prise de vue a été répétée des dizaines de fois en amont pour rendre chaque geste machinal le jour J.

Émilien Veyrier, Photographe de haute montagne et spécialiste des conditions extrêmes·mis à jour 18 août 2026

Immortaliser l'éclipse solaire : les coulisses d'une expédition photographique en haute altitude

Deux ans de repérage, 103 secondes pour shooter, deux boîtiers Nikon en parallèle. Voilà les chiffres bruts de l'éclipse solaire totale du 12 août 2026, telle que l'a préparée et captée le photographe suisse Angel Fux depuis un sommet du nord de l'Espagne. Selon Digital Camera World, sa séquence de prise de vue a été répétée des dizaines de fois en amont pour rendre chaque geste machinal le jour J. Pour nous, photographes d'altitude, c'est une leçon de méthode avant d'être un exploit technique.

Le terrain d'abord

Je connais cette obsession: on part de la carte et de la météo, pas de l'envie. Fux a scruté des heures durant les paysages le long de la bande de totalité sur Google Earth, à la recherche d'un site qui porte une identité de terrain — du relief, de la profondeur, quelque chose qui ressemble aux paysages qu'il aime. Groenland et Islande l'attiraient, mais il a tranché pour l'Espagne: pour un phénomène de quelques minutes, la probabilité de ciel clair pèse plus lourd que le prestige du décor.

Le point retenu exigeait un peu de scramble pour atteindre le sommet. Vous voyez où je veux en venir: on n'arrive pas en haut d'une éclipse totale sans avoir mérité l'angle de vue. La montagne reste la montagne, même quand le sujet, c'est le ciel.

Répéter jusqu'à l'instinct

C'est la partie que la plupart des photographes sous-estiment. On ne répète pas une éclipse. On répète tout ce qui l'entoure. Fux a exécuté sa séquence complète des dizaines de fois au fil des mois: réglages, bascule entre les deux boîtiers, vérifications de mise au point, chronologie sous pression. Le seul geste qu'il n'a pas pu simuler, c'est le retrait du filtre solaire — pour cause, le Soleil n'est pas éclipsé pendant les répétitions.

Il a aussi croisé des combinaisons d'ouverture, de vitesse et d'ISO, puis trié chaque image pour verrouiller ses choix avant le jour J. Quand les 103 secondes ont démarré, plus aucune décision à prendre. Chaque geste devait être machinal.

Ce que ça change pour votre prochain terrain

Vous tirez trois leçons directes de cette préparation. Premièrement: le choix du site se décide sur la carte et les données météo, jamais sur la photo du voisin. Deuxièmement: la répétition de la séquence est ce qui transforme une fenêtre courte en image nette. Troisièmement: deux boîtiers ne sont pas du luxe quand le timing ne pardonne pas — un réflexe qui vaut aussi pour un lever de soleil d'hiver en versant nord, ou pour un sommet chahuté par la rotation rapide des nuages.

Fux prépare déjà la suite, a priori l'éclipse de 2027. Je retiens surtout sa discipline de cordée appliquée à l'astrophotographie. Le terrain dicte, le photographe exécute.